Iggy Pop : en pleine Post Pop Depression

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CRITIQUE - A 68 ans, celui qu’on nomme l’iguane est encore debout. Son ancien colocataire, et ancien confident partageur de rêve David Bowie l’ayant quitté, « The Godfather of Punk » demeure aujourd’hui le seul (digne) héritier d’une époque charnière. Après un dernier soupir avec les Stooges, Ready to Die en 2013, Iggy Pop a répondu à l’appel du retour en fanfare. Son nouvel album est aussi perché que lui.

A supposer d’ailleurs, que Post Pop Depression soit véritablement son album. Force est de constater que non, les confrères qu’il a réuni à ses côtés autour de ce nouveau projet ont chacun leur antécédent musical suffisant pour donner à Post Pop Depression l’allure d’un carnaval, où tous les masques sont portés.

Post Pop Depression ne serait rien sans Joshua Homme, leader charismatique et papa stoner des Queens of The Stone Age. Iggy Pop s’était exprimé à Télérama à son sujet ; « avec Josh je retrouve une alchimie du même calibre qu’avec Bowie […] Ce n'est pas évident de tomber sur quelqu'un qui vous intéresse autant que vous l'intéressez […]  Josh a tous les talents. Il sait me stimuler, il fourmille d'idée ». Post Pop Depression aurait l’air bien fade sans Dean Fertita. Le bassiste mastoc des QoTSA a accompagné volontiers Josh Homme rejoindre leur protégé Matt Helders. Ce dernier a beau être un peu renfermé et parfois redondant dans son jeu de batterie - il est surtout membre des Arctic Monkeys - mastodonte du rock anglais actuel.  Bref, en 2016, Iggy Pop est bien entouré. Suffisamment pour livrer son soi-disant dernier album (on entend souvent ça de nos jours), Post Pop Depression. Un ensemble qui parle avant tout du temps, de l’âge et de ses conséquences irreversibles. La depression d’Iggy Pop, ça donne quoi ? 

Thérapie de groupe

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Difficile de prétendre avoir un avis définitif sur Post Pop Depression. Iggy Pop, toujours fidèle à lui-même, chante comme il parle. Il tremble, siffle, murmure, s’époumone, s’étouffe dans ses mots. Un charme qu’on ne peut lui renier, lorsque ses mélodies sont enjouées et mémorables. La première partie de l’album est certainement la plus savoureuse ; Break into your heart et Gardenia, qui avaient déjà été révélées auparavant, démontrent une nouvelle complémentarité des instruments qu’Iggy Pop cherchait voir renaître. La guitare de Josh Homme est bien là, elle cisaille de ses solos, et son jeu est si reconnaissable qu’il en donne le sourire. Indéniablement, on tient là une production très « QoTSA ». Les arrangements sont inspirés par Homme, qui tient les rênes de l’instrumentation. Les paroles, cependant, sont entre les mains du doyen, qui jongle entre les sentiments humains. American Valhalla tient pour socle une basse bondissante et un son sillonnant un chemin dans l’étrangeté imaginative d’Iggy, tout en rendant hommage à un son stoner bien trop rare aujourd’hui. Le rock de Sunday est dansant, sexy, une bonne purge qui fait un sans faute. Une mention spéciale à son final ; le morceau se clôt tout d’abord par des chœurs, puis par un orchestre majestueux. De là, on entame la seconde moitié. De l’ambiancée-western Vulture et son Iggy Pop déchaîné au fade German Days, les sonorités ne semblent pas totalement s’assumer. Post Pop Depression possède un caractère trempé, comme ses auteurs. L’album a tout de même ses moments de légèreté, comme la ballade Chocolate Drops. Une guitare disproportionnée, des chœurs vaporeux, on reconnait bien là la batterie d’Helders et son caractère en retenu qui avait marqué AM d’Arctic Monkeys en 2013. Déjà le final, avec Paraguay. Ses trois premières minutes ne sont pas si impressionnantes que cela, mais le morceau a su se réinventer. Alors qu’Iggy Pop s’exprime au micro jusqu’à plus souffle, ses confrères surjouent la même mélodie, encore et encore. L’ensemble lâche alors prise, se révélant être d’autant plus libre, anarchique, dérangé.

Donc, difficile de prétendre avoir un avis définitif sur Post Pop Depression. Si ce n’est d'être catégorique sur une chose : cette réunion de musiciens amoureux du rock a porté ses fruits en concoctant un album suffisamment energique et attractif pour donner l’envie d’y retourner. Pour un album d’Iggy Pop, ce n’est pas une déception. Mais pour un album produit par tant de têtes pensantes géniales, on ne peut que rester (un tout petit peu) sur notre faim. En revanche, et c’est réjouissant, Iggy Pop a toujours son mordant. Un cri du cœur envers son ami déchu ?

TRACKLIST / Iggy Pop – Post Pop Depression – Sortie le 18 mars 2016

1.      Break into your heard
2.      Gardenia
3.      American Valhalla
4.      In The Lobby
5.      Sunday
6.      Vulture
7.      German Days
8.      Chocolate Drops
9.      Paraguay

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