This unruly mess I’ve made : le désordre maîtrisé de Macklemore

(Reading time: 2 - 4 minutes)
This unruly mess I've made - Macklemore - Ryan Lewis

CRITIQUE - Presque quatre ans après leur première collaboration, le rappeur Ben Haggerty alias Macklemore et le producteur Ryan Lewis reviennent les bras chargés. This unruly mess I’ve made, successeur du primé The heist, avait la lourde tache d’assumer le succès engendré en 2012 ainsi que de surpasser le syndrôme fatal du second album, facteur récurrent du naufrage.

En produisant This unruly mess I’ve made, Macklemore et Ryan Lewis explorent des sonorités souvent expérimentales. Les titres, parsemés d’invités surprenants, parviennent à capter différentes émotions, poussant l’album au sommet de la diversité. Ici, tout est à sa place, puisque tout est dérangé.

Pari réussi pour ce joyeux mélange de hip hop et de pop, alliant habilement certains sujets sensibles, n’épargant pas une industrie musicale pleine de vices, innateignables puisque souvent innavouables.

Chirurgie personnelle

Le succès de Macklemore vient en grande partie de son honnêteté. Les textes, pour la plupart engagés jusqu’à la moelle, profitaient de la portée des mots pour garder leur authenticité.

This unruly mess I’ve made n’a pas perdu de cette qualité. Au contraire, il la cultive même davantage. Cette introspection se révèle dès le premier titre (sûrement le meilleur de l’album). Le rappeur met cartes sur table avec Light tunnels, où il s’interroge sur son succès, ses récompenses et son mérite. Le titre, puissant et important, mélange les genres tout en sobriété et donne la chandelle au second morceau, et surtout au premier single ; Downtown. « It will grow on you », comme on dit là-bas. Le titre s’apprécie au fil des écoutes, le refrain d’Eric Nally fonctionnera encore mieux en live. Au fil des replays, ce nouvel album dévoile quelques jolis moments, comme la ballade The train, composée de six accords de piano, simples, mais accompagnés d’un sample caractéristique d’une voie ferrée. La voix hispanique de Carla Morrison se prête au jeu, elle pousse l’album jusqu’au bout de son propos ; une production bien ficelée, agréable à l’écoute. Let’s eat, morceau mineur, repose sur des arrangements très old school sous fond de mal-bouffe, d’hygiène de vie. La sympathique Bolo tie met la voix en valeur, la laissant surplomber l’instrumentalisation. On y remarque alors quelques inspirations notables, effleurant To pimp a butterfly (2015) de Kendrick Lamar. Macklemore se permet de revenir à l’électro des années 90 ; ses synthétiseurs et sa structure dancefloor, avec Dance off. Le morceau présente des featurings un peu étranges cependant, avec notamment la présence de l’acteur américain Idris Elba.

This unruly mess I’ve made possède aussi ses moments d’expiration, ses ambiances plus calmes. Dans Growing up, le rappeur, accompagné d’Ed Sheeran en personne, traite sans fioritures de la paternité et de ses conséquences. Le dernier tier de l’album est porté par la pièce finale, le morceau qui englobe l’œuvre dans sa totalité. White privilege II comporte plusieurs variations, certes difficiles d’accès au départ, mais qui paraissent complémentaires après mûre réflexion. Un sentiment que l’on peut ressentir à l’écoute globale de l’album.

This unruly mess I’ve made est une œuvre aux multiples visages rendant hommage au prisme iridescent qu’est la musique. Un album que Macklemore & Ryan Lewis pourront défendre le 25 mars prochain à l’Accorhotels Arena de Paris.

Tracklist : Macklemore & Ryan Lewis – This unruly mess I’ve made

1.      Light Tunnels (feat Mike Slap)
2.      Downtown (feat Eric Nally, Melle Mel, Kool Moe Dee & Grandmaster Caz)
3.      Brad Pitt’s Cousin (feat XP)
4.      Buckshot (feat KRS-One & DJ Premier)
5.      Growing Up (feat Ed Sheeran)
6.      Kevin (feat Leon Bridges)
7.      St Ides
8.      Need To Know (feat Chance the Rapper)
9.      Dance Off (feat Idris Elba & Anderson Paak)
10.    Let’s Eat (feat XP)
11.    Bolo Tie (feat YG)
12.    The Train (feat Carla Morrison)
13.    White Privilege II (feat Jamila Woods)

 

Derniers articles