Anomalie, la pop resurrection de Louise Attaque

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CRITIQUE - Souvenez-vous, il y a vingt ans, le rock français éprouvait une fulgurante baffe. Un album éponyme qui a dévoilé un groupe né pour la scène, reconnu pour ses textes ravageurs, sa fougue hors du commun. En 2016, Louise Attaque a toujours du mordant. Le désormais trio se révèle être plus mélodique, d’autant plus mélancolique.

Le départ du batteur originel n’a pas entaché le tableau : Gaëtan Roussel et sa bande sont inspirés. Les textes, inchangeables et inchangés, n’ont rien perdu de leur simplicité. Un parti pris qui faisait leur gloire et qui aujourd’hui, encore une fois, est totalement assumé. Pourtant, Anomalie souligne un changement, dévoilant alors un groupe taillé dans le rock, désormais peuplé des nouveaux princes d’une pop alternative flagrante. Ce n’est pas un mal. Louise Attaque opère l’évolution avec des mains de maître, donnant à Anomalie la figure innovante de leur discographie.

Spleen

« Pas choisi d’être une anomalie », chante Gaëtan Roussel dans le morceau pillier. Une mise en bouche qui donne le ton. La batterie, puissante, maintien la mélodie. Tout ceci semble annoncer la suite : le renouveau. La chute confirme le virage pop, en piochant néanmoins dans les acquis, avec le violon, fragment de l’identité de Louise Attaque. « La proximité nous fait un petit peur […] on a tout effacé, il ne nous reste que nos erreurs », dans Chaque jour reste le nôtre, on remarque la touche indéniable de Roussel, qui a ici beaucoup puisé de son projet solo, en utilisant ces notes de piano rappelant (un peu trop) son single Dis-moi encore que tu m’aimes. La voix de ce dernier, justement, semble fragilisée, tremblotante. Un aspect qui touche l’album jusque dans ses entrailles. Les paroles, imagées, sont pleines de gravité : « avec les mains, ça c’est les nerfs » s’époumone Roussel dans Avec le temps, un des meilleurs morceaux de l’album, qui marque par une tendance à aller dans l’urgence. Si l'on tend l’oreille, on retrouve encore cette mélodie de piano, ici reproduite par un synthé vaporeux. Sacré Gaëtan. Le centre d’Anomalie donne du crédit à Bertrand Cantat. L’insousciance est un chant nostalgique, dompté par un violon touché par la grâce. La peur du vide, le temps qui passe… la plume de Roussel recèle d’émotions spleenethiques. La production prend un tournant plus experimental avec Les pétales, accompagné de ses chœurs et ses samples qui raviront les plus sceptiques ; « si tu ne l’entends pas, c’est de l’or au bout des doigts ». Le dernier morceau, très accoustique, est une ballade comme on ne fait plus. Un peu larmoyante, elle délaisse les fioritures pop et se réconcilie avec son nouvel atout, celui de la formation trio, qui se fait rare ces temps-ci.

Anomalie est un nouvel album solide en émotions. Il captive l’ouïe et privilégie les arrangements sophistiqués, pour finalemennt donner une seconde vie à un rock refoulé, plus pop, moins teigneux. Plus touchant, moins grinçant. Plus contemporain, moins « back to basics ». L’ensemble est cohérent, et propulsera sûrement Louise Attaque au sommet cet été, lorsqu’ils arpenteront les festivals français.

Tracklist : Louise Attaque – Anomalie

1.      Anomalie
2.      La chute
3.      Chaque jour reste le nôtre
4.      A l’intérieur
5.      Avec le temps
6.      L’insousciance
7.      Il n’y avait que toi
8.      Les pétales
9.      Du grand banditisme
10.    Control
11.    Un peu de patience

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