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The life of Pablo : Kanye West et l’éclectisme

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CRITIQUE - Voici donc le « meilleur album de tous les temps » proposé par « le plus grand artiste de tout le temps ». Initialement appelé So Help Me God, puis Swish, et encore Waves, le septième album de Kanye West (god damn !) s’est fait baptiser The life of Pablo. Un titre personnel et (très) étrange. Un peu comme son contenu.

Difficile de pouvoir parler objectivement d’un nouveau produit du Yeezus aka Kanye West, l’homme le plus détesté et le plus détestable du rap game. Pourtant, une certaine hype se propage facilement autour de sa discographie, un buzz tonitruant qui bouscule le jargon de la musique. Ainsi donc, j’ai décidé de ne pas m’attarder sur son caractère trempé, ou sûrement le rôle qu’il a l’habitude de se donner, pour plutôt me concentrer sur sa musique. Un album dense mais schizophrénique, qui comporte plusieurs facettes. Certaines, sont créatives, surprenantes et audacieuses. D’autres ne paraissent qu’ébauches, prouvant que, malgré tout, Kanye West n’a plus rien à prouver. The life of Pablo sera forcément un uppercut caressant tranquillement le succès, tandis que d’autres (Rihanna et son ANTI) resteront dans son ombre. De quoi rendre le bonhomme encore plus imbu de lui-même, victime, une nouvelle fois, de son succès.

« I Love Kanye »

Lorsque Kanye West compose, il est généralement bien entouré. Quelques noms aident ainsi le rappeur à rendre The life of Pablo lourd sur la balance. Rihanna, The Weeknd, Chris Brown, Young Thug, Kid Cudi, Future et même Frank Ocean… Ils ont tous la « chance » de donner la main à la pâte pour ce septième opus. Kanye West serait même parfois en retrait dans ses compositions, noyé dans ses propres mélodies. L’album propose quelques moments de grâce, comme le titre d’ouverture, Ultralight Beam, très minimaliste, agréable à l’écoute. Famous, avec Rihanna, fréquente l’autotune mais fonctionne néanmoins. Son refrain, entêtant, propulse le titre vers une une clôture surprenante, où quelques accords de guitare s’allient à une batterie jazzy. Une ambiance léchée et très esthétique qui sublime le début des festivités. Kanye West ne néglige pas sa marque de fabrique, « hey, I heard about the good news », un rap efficace est à l’honneur dans Feeback, qui peut rappeler les productions de Kendrick Lamar. Le cœur de l’album est d’autant plus remarquable. Le morceau Real Friends se base sur un piano claustrophobe, qui s’évapore dans les beats et un cri du cœur « I guess I get what I deserved ». Wolves, un des titres les plus nocturnes, est surplombé par sa basse, accompagnée par un chœur au lyrisme marqué. Il se termine sur un burn-out qui coupe court, avec un sample imitant le cri d’un loup. Cependant, malgré Fade, un final expédié mais dansant, tout ce joli petit monde s’entoure de quelques ingrats. I love Kanye n’a forcément pas sa place ici. Kanye West rappe sur sa propre personne ainsi que sur son parcours pendant 45 secondes, « God I miss the old Kanye […] and I love you like Kanye loves Kanye » un bon moyen de saper le moral de l’album. Silver Surfer Intermission, ou une conversation téléphonique inutile, laisse perplexe. Enfin, Freestyle 4 aurait pu sortir du lot si le morceau n’avait pas abusé d’une électro poussive et d’un mix totalement foutraque entre les différentes voix et les synthés-violons. Heureusement, ces points noirs au tableau n’entachent pas totalement l’album, ils le rendent juste vulnérable.

Sûrement pas la claque prétendue, The life of Pablo peut donc être caractérisé comme étant une « bonne surprise ». Même si son auteur est critiquable, ce septième album n’est pas un tâcheron, il satisfera les fans du genre. Kanye West a opté pour l’expérimental en diversifiant ses mélodies, et c’est tant mieux. Reste à voir si The life of Pablo marquera autant les esprits que Graduation (2007), 808 and Heartbreak (2008), ou Yeezus (2013). Avec un appui non négligeable de la plateforme de streaming Tidal (lancée par Jay-Z), ainsi que le buzz généré par le lancement de l’album au Madison Square Garden, ça ne devrait pas être trop compliqué. 

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