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Au Musée d’Orsay, Sade apparaît plus solennel que libertin

SADE ATTAQUER LE SOLEIL MUSEE DORSAY

À l’occasion du bicentenaire de sa disparition, deux expositions parisiennes et de nombreux évènements sont consacrés au Marquis de Sade (1740-1814). Au musée d’Orsay, Sade, Attaquer le soleil met en scène l’influence du divin marquis sur les arts, la littérature, le monde moderne.

 

Murs sombres, lumières tamisées, ambiance feutrée, cette rencontre avec le divin marquis s’annonce intime. Seulement il y a foule. Sade, sulfureux, fascine. On se bouscule. L’exposition commence par une petite séance de cinéma. Plusieurs écrans, plusieurs films, plusieurs scènes avec chaque fois une violence chargée d’érotisme; ou l’inverse : Jésus sortant d’une orgie (L’âge d’or, Luis Buñuel 1930), découpage au scalpel d’un visage féminin (Les yeux sans visage, Georges, 1960) entre autres réjouissances. Le ton est donné, aucun tabou ne sera évité.

Trop c’est trop

« Sade, Attaquer le soleil » fonctionne par thèmes: le sexe, la violence, la religion… sans doute par soucis de vulgarisation. Chaque salle étudie un aspect de l’oeuvre de Sade. Mais cette approche ôte sa force à l’exposition qui, trop longue, finit par lasser. On ne voit plus les oeuvres, trop nombreuses. Des centaines de tableaux, dessins, photographies, des dizaines de sculptures, de manuscrits… le visiteur ne sait plus où donner de la tête. Chaque pêché, chaque vice est illustré. On enchaine les scènes de tortures, de viols, de décapitations. Et la subtilité dans tout ça ? Tout nu n’est pas sadien, toute violence n’est pas sadienne. L’exposition aurait méritée d’être plus fluide, plus enjouée, moins solennelle. Sade était un libertin, il aimait le jeu : le jeu sexuel, le jeu de la violence mais aussi et surtout le jeu littéraire. Au milieu de cette overdose de sexe et de crimes, quid de l’écriture de Sade ? Quid de son style libérateur et cathartique, de son humour féroce, de sa philosophie révolutionnaire et provocatrice ?

Raté…

Annie le Brun, commissaire de l’exposition a réuni les plus grands noms de la peinture et de la sculpture: Degas, Picasso, Cézanne, Delacroix, Bacon, Rodin… ils sont tous là ! Hélas, comment relier ses artistes si différents de styles et d’idées au seul Marquis ? Les nus chastes de Degas peuvent t’ils honnêtement être comparés aux calvaires des héroïnes sadiennes comme Justine ou Juliette ? La fin de l’exposition semble plus percutante. A travers l’érotisme subtil mais subversif et violent, des surréalistes comme Duchamp ou Dali (Le cannibalisme des objets, avec écrasement simultané d'un violoncelle) on touche enfin à l’essence de la création colossale de Sade. Une oeuvre oxymorique, immorale et amorale, qui mêle terrible et sublime.

Dans le livre d’or de l’exposition, commentaires graveleux d’adolescents, une femme s’offusque d’y avoir vu un père accompagné de ses enfants et un homme, parmi d’autres, regrette le trop grand nombre d’oeuvres, ce « fourre-tout artistique ». Les commentaires positifs sont rares. Pauvre Marquis.  

 

Sade, Attaquer le soleil

Musée d’Orsay, 62 rue de Lille,

Paris 7

Métro Solférino ou Assemblée nationale

Jusqu’au 25 janvier 2015 De 6,50 à 11 euros

Gratuit pour les moins de 26 ans

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