Jon Rabaud, réalisateur : « Ma priorité, c’est de montrer le savoir-faire mauricien »

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INTERVIEW - Après huit courts-métrages et une série, Agent, disponible sur Netflix, Jon Rabaud a tout pour conquérir le monde du cinéma. Le producteur de 31 ans a expliqué à Fréquence ESJ comment l’industrie cinématographique mauricienne s’est développée. Dans le même souffle, il évoque son dernier long-métrage, Blue Penny.

Fréquence ESJ : Pour le cinéaste que vous êtes, quel regard portez-vous sur l’industrie cinématographique mauricienne ?

Jon Rabaud : Elle bourgeonne ! Nous avons davantage de métiers que nous trouvons aujourd’hui à Maurice autour de ce secteur. Beaucoup commencent à se spécialiser. C’est prometteur. Elle est créatrice d’emploi. Un film emploi énormément de personnes. D’ailleurs, tous les secteurs sont concernés.

Comment avez-vous participé à cette industrie ?

Ce que je peux dire, c’est que je tourne [à Maurice] dès que j’en ai l’occasion !

Comment cette industrie permet de garder vivantes les périodes marquantes de l’histoire ?

Le cinéma est une forme d’art très accessible. Nous avons la possibilité d’atteindre beaucoup de personnes, bien plus qu’au théâtre. Je prends l’exemple des comédies musicales, elles ont permis de mettre un coup de projecteur sur les œuvres anciennes pour les plus jeunes.

Qui plus est, le cinéma photographie une époque. Il met également en avant les faits de société, laisse place aux questionnements et agit comme un miroir de l’humain… Si demain ou dans 150 ans, nous faisons des recherches sur les années 70, les films auront un rôle à jouer.

Est-ce que l’industrie cinématographique mauricienne a pu se démarquer ?

Il y a eu un ‘petit’ boom car nous avons eu de gros tournages. Toutefois, nous sommes encore loin. Pour que l’industrie se démarque, il faut qu’elle existe. Pour l’instant, elle est en train de mettre un pied. Nous sommes encore en train de former certains métiers qui n’existent pas sur l’île.

De plus, pour qu’une industrie existe, il faut qu’il y ait une industrie locale. Elle est encore très faible. Nous produisons des films de manière peu régulière… Il y a des structures à mettre en place. Il y a tout à mettre en place pour que nous ayons une véritable industrie du cinéma. Il faut encourager la création locale.

Fréquence ESJ : Justement, la crise sanitaire ne serait pas une occasion de rebondir ?

Jon Rabaud : C’est une situation difficile pour tout le monde et pour tous les secteurs. Le monde du cinéma à Maurice et dans le monde souffre. Beaucoup de personnes sont malheureusement au chômage. Le seul point constructif de cette période, c’est qu’à Maurice, cela nous permet d’ouvrir à nouveau le débat.

Il ne faut pas oublier que la culture commence avec une feuille et un crayon, que ce soit pour écrire un scénario, un roman et une pièce, entre autres. Or, nous n’avons pas besoin d’une énorme structure pour écrire une pièce ou un film. Nous avons la possibilité de créer du contenu et des produits ‘consommables’ à partir de rien.

Cette situation vous a-t-elle freiné dans vos productions ou au contraire, cela vous a permis d’avoir d’autres ouvertures ?

C’est un peu les deux. Dans un premier temps, la conjoncture m’a freiné comme cela a été un peu le cas pour tout le monde. Je travaille sur les tournages étrangers et lorsqu’il n’y en a pas, je ne travaille peu ou pas. Puis, le côté positif, j’ai eu énormément de temps pour moi. Donc, j’ai monté un projet de long-métrage. Cela fait des années que je voulais le faire. L’occasion s’est enfin présentée et nous avons de quoi faire un film. Tout le monde était disponible et a accepté de me suivre sur ce projet qu’est Blue Penny malgré ce temps difficile.

Parlons productions. Qu’en est-il de votre long-métrage, Blue Penny. Pourriez-vous nous en dire plus ?

C’est l’histoire d’Harry, un riche homme d’affaires à qui tout réussit. Marié et père de trois enfants, il célèbre, ce soir-là, le mariage civil de sa fille Marie… La soirée prend une tournure inattendue lorsque Edward, le fils aîné, débarque avec une nouvelle petite amie - qui se trouve être l’ancienne maîtresse d’Harry.

C’est un film mauricien. Il est tourné à Maurice avec toute une équipe mauricienne. Ma priorité, c’est de montrer le savoir-faire mauricien. Encore une fois, nous avons un long chemin à faire mais nous pouvons être fiers du chemin parcouru.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Pour l’instant, je me concentre sur Blue Penny. Le film est en montage. C’est ma priorité. Il sortira à Maurice et ailleurs aussi. J’espère qu’il voyagera et aura la même chance que mes courts-métrages que ce soit dans les festivals ou autres, si ce n’est mieux.

 

Photo : Daniella Bastien

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