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Juste la fin du monde ou l’art du huis clos

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CRITIQUE - Le retour de l’enfant prodige. À 27 ans, Xavier Dolan s’est déjà fait un nom dans le 7ème art. Sa dernière œuvre, Juste la fin du monde, est depuis aujourd’hui en salles. Grand prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, le sixième long-métrage du génie québécois vous plonge dans un huis clos intense en compagnie d’un casting français de haute volée.

"Je ne sais pas comment ils vont réagir. Peut-être qu'ils ne pleureront même pas." En proie à la peur et aux doutes, Louis revient dans son village natal. Douze ans qu’il n’y a pas remis les pieds. Mais, en ce dimanche de canicule, il retrouve les siens et ce afin de leur annoncer sa mort prochaine… Happé par l’énigmatique Louis, le spectateur entre avec le poids de cette annonce à venir dans la demeure familiale. Il n’en sortira qu’une heure et trente minutes plus tard, et encore… Adaptée de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, l’œuvre de Xavier Dolan vous plonge ainsi dans un huis clos intense. Comme scène principale : un repas dominical. L’invité du jour, Louis, interprété par un Gaspard Ulliel aussi tourmenté qu’hésitant prend place en bout de table. À sa gauche, sa sœur qu’il a à peine connue (Léa Seydoux), une jeune fille perdue dont les nerfs sont prêts à lâcher à chaque instant, ainsi que sa mère incarnée par une Nathalie Baye qui s’illustre aussi bien dans l’excès que dans la justesse. À sa gauche, son frère dont le comportement cassant et impulsif scie à merveille à Vincent Cassel et sa femme, une gourde attachante parfaitement interprétée par Marion Cotillard. Le repas est servi. Au menu : mélancolie, rancœurs et frustrations. Louis a longtemps appréhendé les réactions de ses hôtes, et celles-ci n’ont pas tardé à faire leur apparition. La chape de plomb qui survolait le repas retombe alors et ça part dans tous les sens. Rapidement désertée par les péripéties familiales, la table devient alors un décor secondaire. L’action se passe en coulisse. Les apartés se multiplient, laissant apparaître les failles des différents personnages. Gros plans, échanges de regards, Dolan mise sur l’intensité.

Dolan sort de sa zone de confort

Tabernacle ! Ici, pas d’accents québécois et place à un casting made in France. Habitué à diriger les mêmes acteurs, Xavier Dolan opte donc pour le changement. Le cinéaste retrouve néanmoins Nathalie Baye, qu’il avait déjà dirigée dans Laurence Anyways. La question homosexuelle, chère au réalisateur québécois, est soulevée à nouveau ici. Louis, le personnage principal, est gay, et tout laisse penser qu’il est en train de mourir du Sida. Pour le reste, Xavier Dolan ne s’est pas facilité la tâche. Si certains se seraient contentés de réaliser du théâtre filmé, Dolan, lui, fait parler son talent une fois de plus et le met au service de ses acteurs. À coup de gros plans, il sublime son casting. Si certains lui reprocheront le manque d’action de son film, d’autres loueront son intensité émotionnelle. Ruptures de rythme, flashbacks, envolées lyriques… Chaque plan est chargé et vous prend à la gorge. Les émotions, elles, sont décuplées. Certains y verront de l’excès de la part du cinéaste, d’autres y verront ses influences. Lorsque le tube Dragostea Din Tei d’O-Zone retentit et que Nathalie Baye et Léa Seydoux se donnent la réplique pour une chorégraphie désopillante, on observe alors l’influence pop du cinéaste, déjà présente dans Les Amours Imaginaires ou encore Laurence Anyways. Mais ici, Dolan s’illustre également dans la sobriété, comme cela fut le cas dans Tom à la ferme. À 27 ans, Xavier Dolan a pris en maturité et le met au service de son art dans Juste la fin du monde, son film le plus abouti à ce jour.

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