Frédéric Beigbeder sur "L'idéal" : "Je ne voulais pas que le film soit aussi sombre que mon livre"

Frédéric Beigbeder et Jonathan Lambert (Photo Fréquence ESJ)

CINÉMA/RENCONTRES – À l’occasion de la sortie de « L’idéal » au cinéma le 15 juin prochain, Frédéric Beigbeder et Jonathan Lambert se sont confiés à Fréquence ESJ. 

 

Pour son deuxième long métrage à la réalisation après « L’amour dure trois ans », Frédéric Beigbeder a décidé une nouvelle fois d’adapter l’un de ses ouvrages au cinéma. « Au secours pardon » devient « L’idéal » avec un casting qui l’est tout autant : Jonathan Lambert, Gaspard Proust et Audrey Fleurot font de ce film l’une des plus belles surprises de l’année.

Fréquence ESJ : Qu’avez vous ressenti en vous retrouvant quatre ans après « L’amour dure trois ans » ?

Frédéric Beigbeder : Ah oui c’est vrai ! Ça me rassure de travailler avec des gens avec qui j’ai déjà travaillé. On se connaît, on a certains automatismes, on peut se parler franchement. Jonathan Lambert et Gaspard Proust ne sont pas que des acteurs, ce sont aussi des auteurs ce qui fait que ça rebondit pas mal.

FESJ : Et comment les avez-vous convaincus de revenir dans votre casting ?

FB : Ça c’est surtout fait à base de menaces ! (rires) Plus sérieusement, je n’ai pas eu beaucoup d’efforts à faire pour les convaincre.

Jonathan Lambert : Quand Frédéric m’a proposé, j’ai eu quelques réticences parce que j’avais peur que ce soit trop burlesque. Je lui ai alors dit : « Faisons des essais ». Comme ça il serait rassuré et moi aussi.

FESJ : Comment se sont passés ces essais ?

JL : C’était très excitant !

FB : On a essayé différentes perruques notamment.

JL : Oui, car je ne voulais pas que ce rôle soit un sketch à part et qui ne me nourrisse pas. Il fallait trouver le bon équilibre pour l’inclure dans le film. Il ne fallait pas se poser la question sur le personnage et son apparence mais bien se dire que c’était un chef d’entreprise qui tape du poing sur la table. 

FESJ : Ce livre est l’adaptation de votre livre Frédéric, « Au secours pardon » dans lequel on trouve beaucoup de drogues, de sexe, d’alcool… Dans le film, ces traits sont plus modérés avec même parfois un peu de poésie. Comment avez-vous travaillé l’adaptation ?

FB : Je ne voulais pas que le film soit aussi sombre que le livre. C’est un roman très pessimiste et très noir. Si on dit aux gens que le monde est pourri et qu’il n’y a pas d’espoir, ils vont sortir de la salle en déprimant. Ici c’est une comédie satyrique qui est faite pour divertir mais aussi pour faire  réfléchir. Je suis pour l’alternance du rire, des pleurs, de l’émotion…

FESJ : Et pourquoi avez-vous changé le nom ? 

FB : Si vous mettez « Au secours pardon » sur une affiche, je ne pense pas que ce soit la ruée dans les salles. Quand les gens voient « L’idéal » ils se disent qu’il y a une lumière au bout du tunnel. Et c’est le sujet du film ! Et ce film est mon idéal. Tous les idéaux sont passés en revue : le communisme, le nationalisme, le national-socialisme… Vous avez tous les idéaux et après vous avez le mien. C’est une comédie sur la fin des utopies.

FESJ : Ce film s’en prend au milieu de la mode, qu’est ce qui a été le plus contraignant en vous attaquant à un secteur aussi vaste et puissant ?

FB : Il n’y a pas eu de contraintes. Quand on fait une caricature, on ne se fixe pas de limites. On se fiche de l’opinion des gens qui travaillent dans la mode. Mais les gens de ce milieu qui ont vu le film ont beaucoup ri et ont dit que ça ressemblait à leur vie de tous les jours. Je pensais exagérer et en fait non !

FESJ : Il y a deux immenses caricatures de la mode dans ce film : Audrey Fleurot et vous, Jonathan. Comment avez-vous préparé ce rôle, qui est un rôle féminin ?

JL : Le personnage existe de par son autorité. Frédéric m’a totalement débloqué quand il m’a expliqué ce qu’il attendait de moi et comment faire vivre ce personnage.

FESJ : C’était un défi d’accepter ce rôle ?

JL : J’avais déjà fait un spectacle qui s’appelait « Perruques » et ensuite j’avais joué un autre spectacle où je m’étais dit que j’allais arrêter ce genre de personnages et les caricatures. Et à ce moment là, Frédéric m’appelle pour me proposer ça !

FB : En plus ce personnage est parfaitement entre les deux spectacles de Jonathan, puisque c’est un dictateur en perruque. Ce que j’adore chez lui, c’est qu’il a un côté Louis de Funès, il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue un homme important. Un homme énervé qui fait peur à tout le monde et qui engueule tout le monde.

FESJ : C’est le fameux côté « hystérique » de la mode auquel vous faites allusion ?

FB : Oui, c’est le genre de personnes qui dictent la mode, ce qui est beau, ce qui est moche et qui définit ce à quoi le reste du monde doit ressembler. C’est un mélange de Lagerfeld et Bolloré. Et Jonathan le fait très bien.

FESJ : Le fait d’avoir de nouveau travaillé ensemble, avec Gaspard Proust en plus, vous donne envie de faire un nouveau film et de créer un esprit de bande ?

JL : L’amitié dure trois films ! (rires)

FB : Je ne sais pas comment ça se passerait si je prenais des gens que je ne connais pas.

JL : Tu as découvert Audrey Fleurot quand même !

FESJ : C’était une belle découverte ?

FB : Ah oui, physiquement et mentalement.

FESJ : C’était votre premier choix ?

FB : Oui, il y a peu d’actrices qui soient à la fois sexy et capables de folie, de prendre des risques comme jouer Valentine. Valentine, c’est tout de même une femme enceinte qui va se faire tazer à quatre heures du matin par des nains ! Il y a beaucoup de choses spéciales dans ce film, je ne pense pas que beaucoup de comédiennes puissent faire ça.

FESJ : C’est déjà votre troisième livre adapté au cinéma, est-ce que vous comptez adapter toute votre bibliographie sur grand écran ? 

FB : (rires) C’est une bonne question ! Il y a un projet en Angleterre pour adapter « Windows on the World » mais sans que je ne m’en occupe. Et « Oona & Salinger » aussi, il y a une maison de production qui a acheté les droits mais qui ne m’a pas demandé de le réaliser donc je ne m’en mêle pas pour l’instant.

FESJ : J’aimerais maintenant savoir quel est votre idéal sur certains sujets. La femme idéale ?

JL : La mienne ! (rires)

FB : C’est terrible comme question… On ne peut pas dire autre chose que notre femme. Ou alors peut-être une tête de poupée gonflable. (rires)

FESJ : L’alcool idéal ?

JL : Le Champagne.

FB : La Vodka.

FESJ : La scène de sexe idéale au cinéma ? 

JL : Je me souviens d’une scène dans « History of violence ». Ou alors Patricia Arquette nue de dos, j’aime bien.

FB : La scène de « L’idéal » avec Gaspard Proust nu sous la douche avec les deux biélorusses, Svetlana et Uliana. C’est là que je me rends compte que je n’aurais pas du réaliser le film, mais jouer dedans !

FESJ : Mais vous jouez dedans !

FB : Oui, mais pas dans la bonne scène ! (rires)

FESJ : Et enfin, le prénom russe idéal, mais vous n’avez pas le droit de dire Natacha ni Olga ?

JL : Svetlana.

FB : Ah bien joué, il m’a pris celui que je voulais ! J’aime bien Natalia ou alors Anna, comme Anna Karénine. L’une des plus grandes amoureuses de la littérature ! Elle se jette sous un train par amour, c’est magnifique. Même si après elle est inutilisable…

Propos recueillis par Baptiste Denis

Photo : Baptiste Denis/Fréquence ESJ

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