Oscars : boycott is the new black

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INTERVIEW - Rarement une cérémonie des Oscars n’aura fait autant parler d’elle. Ce qui intéresse les gens ne seront pas les personnes présentes… mais les absents ! Depuis l’officialisation de la liste des nominés, plusieurs grandes figures du cinéma hollywoodien ont appelé au boycott de la cérémonie. La raison ? Aucun noir ne figure parmi les nominés aux Oscars.

Spike Lee, Janda Pinkett et autres Will Smith ont annoncé leur souhait de ne pas participer à la cérémonie, une grande première dans l’histoire du cinéma américain. Spike Lee a justifié ce boycott par un « ras-le-bol général », considérant « qu’on ne pouvait pas toujours se servir de la vieille excuse qu’aucun candidat noir n’était assez bon pour être nominé... ». Même son de cloche chez Will Smith qui estime qu’il serait « mal-à-l’aise » devant une cérémonie « trop blanche ».

Des réactions mitigées 

George Clooney, l’un des acteurs les plus influents du milieu hollywoodien, estime que « les Hispaniques sont encore moins bien traités » et que « l’Académie des Oscars fait un meilleur job qu’il y a 10 ans où des acteurs comme Morgan Freeman ou Don Cheadle n’étaient jamais nominés ».

Charlotte Rampling a fortement critiqué ce boycott, le qualifiant de « racisme anti-blanc ». Pour se justifier elle constate « qu’aucun acteur noir ne méritait d’être nominé » et que ce comportement favorisait le « communautarisme ». Ironie du sort c’est l’acteur Afro-Américain, Chris Rock, qui animera la cérémonie. Au moins un acteur noir sera sûr d’y assister.


« Une opération factuelle et peu efficace »

Nadia Doghramadjian, la secrétaire Générale de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme), a réagi sur ce boycott.

Pensez-vous que le boycott de la 88ème cérémonie par la communauté Afro-Américaine soit légitime ?

J’ai envie de dire : pourquoi pas ? C’est le choix qu’ils ont fait, je le respecte. Même si ce choix ne remet en cause que les Oscars et n’a pas une autre implication. Le boycott est une bonne arme qui est utilisée quand les situations sont bloquées. Etait-ce le cas pour les Oscars ? Oui, car la liste étant définitive, la situation ne pouvait être changé. Le fait que l’affaire soit tant médiatisée justifie ce choix.

Le boycott est-il une bonne solution ?

Dans certaines situations, le boycott est utile. Cela a fonctionné pour l’Afrique du Sud. Mais c’était un autre contexte. D’autres solutions existent, elles sont peut-être plus pertinentes car elles ne sont pas factuelles.

Quelles sont les solutions pour lutter contre le racisme sur le long terme ?

Vaste programme… (Rires) Vous avez raison, c’est sur le long terme qu’il faut agir. Les démarches factuelles sont peu efficaces. Seul un travail régulier fonctionnera. Je pense à un travail régulier auprès des jeunes notamment, qui sont beaucoup plus ouverts que les adultes.

Il faudrait casser les quartiers qui regroupent trop de populations semblables. Cette situation liée aux problèmes sociaux-économiques, crée du communautarisme. Un engagement plus fort des pouvoirs publics est la clé. C’est un travail de longue haleine, mais parfois il y a des basculements. C’est ce qu’on pourrait souhaiter. Mais il faut aussi agir, il ne s’agit pas de le souhaiter : il faut le faire ! Nous avons tous un rôle à jouer.

Une pareille situation en France est-elle envisageable ?

Le boycott n’est pas tellement utilisé en France. Ce n’est pas l’arme à laquelle on pense d’habitude. En France les acteurs ont tendance à dénoncer le racisme via l’humour. De nombreux humoristes noirs ou arabes se moquent du racisme.  L’arme humoristique est surtout française.

Aux Etats-Unis ce n’est pas la même chose. Ils sont plus dans des opérations coups de poings, dans de l’action factuelle. Pour être médiatisé, ce genre d’actions est le mieux adapté. Mais pour lutter efficacement contre le racisme, je ne pense pas.

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