Nicolas Sarkozy galvanise le Trocadéro

Trocadero 3 photo Tristan Quinault MaupoilREPORTAGE - Mardi, le président-candidat a tenu son dernier grand meeting avant le second tour, dimanche prochain. Selon le président de la République, Il y aurait eu 200.000 personnes au Trocadéro à Paris pour l'applaudir. Un chiffre invérifiable. Un meeting également mouvementé, marqué des agressions de journalistes par certains militants UMP.

La place du Trocadéro (XVIème) était recouverte de bleu, de blanc et de rouge. Sur fond de tour Eiffel, Nicolas Sarkozy s'est exprimé mardi de manière assez vive contre les syndicalistes, rêvant d'un "modèle français où chacun prendrait ses responsabilités". Pour la première fois de son histoire la droite a tenté de rivaliser les cortèges des syndicats. "Ils ont choisi de défiler avec le drapeau rouge, nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore" a lancé Nicolas Sarkozy à une foule de militants galvanisés. "Je n'accepterai jamais de recevoir de leçons de morale de la part de ceux qui brandissent le drapeau qui a été l'étendard de tant de tyrannies", a insisté le président-candidat donné perdant le 6 mai prochain par les sondages. "Posez le drapeau rouge et servez la France !", a réenchéri Nicolas Sarkozy.

Trocadero 2 tristan quinault maupoilLe candidat de l'UMP a tenté de convaincre les électeurs qui cherchent un engagement social chez les candidats: "Je veux le dire à tous ceux qui ont défilé aujourd'hui, non pas pour le travail mais contre nous. Nous nous considérons comme acteurs du progrès social autant que vous et sans doute même davantage que vous". Puis de tacler directement le Parti socialiste: "Vous avez fait les 35 heures, vous avez avancé l'âge de la retraite à 60 ans sans avoir le premier centime pour la financer, vous avez alourdi le coût du travail, vous avez appauvri les travailleurs en prétendant les protéger".

Quelques minutes auparavant le Premier ministre estimait que "le 1er mai appartient à tous les Français. Aucune organisation ne peut prétendre au monopole du travail", a-t-il dit à la veille du débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. "Quand les syndicats appellent à voter à gauche, ils renoncent à leur indépendance", a précisé François Fillon. La CGT a revendiqué son soutien à François Hollande. C'est la première fois que le syndicat prend parti. Le président-candidat a ajouté ensuite: "Laissez tomber les partis, parce que ceux que vous soutenez aujourd'hui ne vous le rendront pas. Laissez tomber les partis parce que votre rôle n'est pas de faire de la politique".

Nicolas Sarkozy a tenté de convaincre les dizaines de milliers de militants que tout est encore jouable pour lui. "Il reste trois jours. Trois jours pour expliquer, trois jours pour convaincre (...) trois jours pour gagner !".

Les centristes entrent en scène

En ce 1er mai, l'UMP organisait sa "vraie fête du travail". L'occasion pour les ténors de la majorité de tenter de mobiliser le maximum d'électeurs. "On va gagner", a lancé l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin de manière tornitruante en guise de première phrase de son discours. La ministre de l'apprentissage, Nadine Morano s'est dite certaine de la victoire de Nicolas Sarkozy: "Allez partout, toutes les voix compteront et nous l'emporteront", s'est-elle vivement exclamée.

Trocadero 1 photo Tristan Quinault MaupoilContrairement au ton de la campagne de l'UMP très à droite pendant cet entre deux-tours, plusieurs responsables centristes se sont exprimés à la tribune. Le député-maire de Drancy (Seine Saint Denis) Jean-Christophe Lagarde a été le premier à monter à la tribune. "Pour la première fois, ce ne sont pas des slogans, des revendications ni des drapeaux rouges qui font vibrer le pavé de la capitale mais vous le peuple de France", s'est emporté le responsable du Nouveau Centre. François Zocchetto, un proche de François Bayrou s'est également adressé à la foule: "Nous avons fait notre choix (les centristes) sans négociation hasardeuse".

Des militants galvanisés

A la fin du meeting, les militants se sentent convaincus. Jean, 59 ans, est un militant venu de Reims (Marne). Il est "très optimiste" quant à la prochaine victoire de son champion. Pour lui, l'objectif de la journée était de prouver "que la droite peut être silencieuse mais elle peut aussi se montrer, comme en 68 avec le général de Gaulle". Il explique que certains de ses amis ont voté pour Marine Le Pen et dit les comprendre. Il partage même certaines analyses: "Quand on sort dans la rue, je ne veux pas qu'on ne se sente pas en France" mais veut aussi modérer la campagne très à droite de Nicolas Sarkozy: "On doit avoir des propos forts mais pas racistes". Il poursuit: "Des gens sont en colère, ils se sentent étouffés, certains me disent 'si j'avais pu m'appeler Mohamed j'aurais pu avoir certains avantages".

Trocadero 4 photo Tristan Quinault MaupoilJoséphine, la trentaine, est venue "du 91". Elle ne peut pas voter car elle "est Africaine". Pourtant elle assure avec beaucoup de zèle son soutien au président sortant. "Il a la tchatche, il suffit que les gens l'écoutent", dit-elle à propos du débat de mercredi. Elle s'offusque contre les Français qui veulent voter pour François Hollande: "Nicolas Sarkozy est en train de se battre pour résoudre la crise et vous voulez lui couper les pieds ?"

Meeting mouvementé pour les journalistes

Le meeting a également été marqué par l'agression de plusieurs journalistes. Une journaliste de Mediapart, Marine Turchi, a porté plainte pour "violences volontaires légères". Dans le procès verbal de sa plainte, la journaliste décrit son agression: "Alors que je me trouvais sur le rond-point et plus précisement sur le terre plein central, prenant des photos, j'ai été repérée par une huitaine de militants UMP qui sont venus vers moi et ont commencé à hurler: "Aaaaaah! il y a Mediapart !". Elle poursuit: "Un homme d'une soixantaine d'années a saisi mon bagde de jounaliste qui était attaché à mon cou et l'a levé au ciel en criant: "C'est Mediapart !". Ce badge était attaché à un cordon autour de mon cou, avec également mon appareil photo. Après cela, il a arraché ce dit badge et l'a jeté au sol. (...) J'ai été extrèmement choquée par cette situation car j'ai été secouée lors de mon passage à travers la foule". Marine Turchi n'a pas été la seule journaliste victime. Une ancienne journaliste d'une grande chaîne, maintenant pigiste, a confié à Fréquence ESJ avoir eu "les cheveux tirés" et avoir "reçu des crachats". "Je n'ai jamais connu ça en 35 ans de métier, même en couvrant le FN", a-t-elle ajouté. Ironie du sort, cette journaliste est membre de l'UMP. 

Badge trocaderoAu delà de ces actes, les remarques acerbes et les gestes déplacés ont concerné de nombreux journalistes. Nous avons nous-même dû faire face à des remarques déplacées: "Ah j'en tiens un, alors t'es de gauche toi ?", a demandé un jeune militant à Fréquence ESJ tout en s'agrippant au polo du journaliste. Deux autres militants assistaient à la scène, hilares.

Dès le début du rassemblement, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a sévèrement jugé la presse, parlant de Médiapart comme d'une "officine". Selon le député-maire de Meaux, "la gauche morale" est protégée par une "impunité médiatique". Une animosité envers la presse, suspectée par de nombreux militants d'être responsable de l'éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy. 

POUR ALLER PLUS LOIN:

> Agressée au meeting de Nicolas Sarkozy, une journaliste de Médiapart porte plainte 

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