Vous n’avez rien compris à l’affaire Fillon ? C’est normal

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2017/JUSTICE – Il se voyait en candidat de l’honnêteté, François Fillon a finalement été rattrapé par ses vieux démons. Mais l’affaire se transforme en véritable feuilleton judiciaire… Au point de ne plus y voir clair.

« Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? » lançait François Fillon en août dernier, trois mois avant le scrutin de la primaire. À ce même moment, il déclarait également ne pas vouloir être le « président des faits divers ». Il est finalement devenu le candidat des gros titres. Suite aux révélations du Canard Enchainé concernant l’emploi d’attachée parlementaire de son épouse, qui pourrait être fictif, le candidat LR modifie régulièrement sa communication. Pénélope Fillon aurait touché 900 000 euros en trente ans grâce à cet emploi, prétendu fictif, alors que les enfants du couple auraient obtenu 84 000 euros de frais d’avocat alors qu’ils n’avaient pas encore prêtés serment en étant employé par leur père. Jusque là, l’affaire est claire : les médias révèlent une affaire, le candidat crie au complot, rien d’anormal.

Mais 48h après ces révélations, François Fillon fait le choix de se défendre au 20h de TF1 pour plaider sa cause. Bémol, il ne possède aucune preuve tangible. Souvenez-vous, quelques temps après l’affaire DSK, en septembre 2011, l’ancien président du FMI était venu se défendre sur TF1 avec des preuves matérielles. Dans le cas de François Fillon, le candidat s’est rendu à la télévision sans contrat de travail ni aucune preuve pouvant plaider la cause de sa femme (et la sienne). Par la suite, il affirme que Pénélope Fillon travaillait à ses côtés pour lui faire des comptes-rendus, répondre au téléphone, prendre des rendez-vous… Un travail d’attaché parlementaire donc. Mais pas de quoi justifier un tel salaire. La faute entre –t- elle dans le cadre de la légalité ou de la moralité ? La défense des deux camps, médiatique et politique, permettait d’installer un doute mais de contribuer au discrédit du favori pour l’élection présidentielle. C’était sans compter sur l’émission « Envoyé spécial » diffusée sur France 2 le jeudi 2 février 2017. L’équipe journalistique a pu se procurer un document vidéo dans lequel Pénélope Fillon affirme « I’ve never been his assistant ». « Assistant » en anglais étant un faux ami et se traduisant plutôt par « adjoint », le doute est permis mais elle déclare qu’elle « distribuait des tracts sous les portes, rien de plus ». Malgré tout cela, François Fillon veut tenir bon et aller jusqu’au bout. À moins que…

Un bureau politique déterminant

Les Républicains veulent « faire bloc » derrière leur candidat mais en coulisse, on s’active pour trouver un plan B. Au Sénat, le bruit court que François Fillon et Gérard Larcher ont discuté pour trouver un suppléant à condition qu’il soit adoubé par l’ancien Premier ministre afin d’obtenir sa légitimité. Dans l’agenda des Républicains, un bureau politique à huis clos aura lieu mardi, probablement pour tenter de trouver une issue à cette tempête médiatique. Alain Juppé a balayé la rumeur d’un retour, tout comme Nicolas Sarkozy. Mais la nouvelle garde de la droite aimerait peut-être tenter sa chance puisque de nombreux noms de domaine ont été déposés notamment wauquiez2017.fr ou baroin2017.fr. 

Selon un sondage Ifop réalisé pour le JDD, 64% des sympathisants des Républicains souhaitent que François Fillon maintienne sa candidature. À deux euros le tour, on ne peut que comprendre. En revanche, chez l’ensemble des Français, 68% ont affirmé vouloir voir un autre candidat représenter la droite en avril prochain. Mais suite à l’avancée de l’enquête, les nouvelles révélations de Médiapart, la pression de son camp et la rumeur d’une grande émission télévisée pour mettre au clair cette affaire, l’avenir de François Fillon semble pouvoir se jouer dans les prochains jours.

Photo : AFP/Pierre Constant